Detroit ! Pourquoi Detroit ?

Nous quittions New York, l’ivresse et le charme de ses nuits, à l’arrière d’un car chinois. Dans cette ville où j’ai appris à ne jamais dormir de peur d’en manquer le mouvement, je contemplais une dernière fois le ciel mauve tombant sur les rangées de buildings verticales. Et tandis que la silhouette longiligne de notre fixeur Clément se dérobait derrière nous, je compris dès lors que cette ville allait nous manquer.

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Gospel with no lord

Ce ne sont pas tant les chants gospels de Canaan Baptist Church, sur la 116th Street de West Harlem à New York, qui m’ont soufflé ce matin-là, mais la transcendance du prêtre et de ses habitués. Depuis le balcon sur lequel j’étais parqué avec les autres touristes, je voyais cette vieille femme, en bas, à genoux presque couchée, les mains liées au dessus de la tête. Elle clamait : « Thank you, oh Jesus, thank you, thank you. ». Au bruit et à la fièvre dans l’Église, je les devinais nombreux debout autour d’elle à célébrer en rythme la parole du divin.

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Albino Korrea, chauffeur de nuit

« Vous parlez français ? Je suis Sénégalais. » Voilà que nous sortions tout juste de l’aéroport JFK, vannés après deux heures coincés à l’immigration, que déjà le taximan nous ramenait en France.

Il était 23 heures passé. Nous venions d’apprendre d’un type en uniforme planté là qu’aucune navette ne rejoignait plus Manhattan. A 52$ la course, il nous fallait donc prendre un taxi.

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Franck Michel, anthropologie search and destroy !

Saint-Thomas affirmait : « Il faut le voir pour le croire. » Tous ceux qui côtoient Franck Michel, de près ou de loin, vous diraient que le sacro-saint adage lui sied plutôt bien. Anthropologue, grand voyageur et cofondateur de la Croisée des routes, la vie de ce chercheur à cent à l’heure se joue très souvent hors des clous. Dans son ouvrage Du voyage et des hommes, ce dernier écrit : « Le rêve américain a cela de formidable : son inexistence même le rend inaccessible à tous, sauf à ceux qui en font le bon usage médiatique. »

Quand on lui demande de développer, ça donne ça :

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L’arrivée à New York

Pour une surprise, c’en fut une.

Figurez-vous qu’elle était debout leur ville, absolument droite. New York c’est une ville debout. On en avait déjà vu nous des villes bien sûr, et des belles encore, et des ports et des fameux même. Mais chez nous, n’est-ce pas, elles sont couchées les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s’allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur, tandis que celle-là l’Américaine, elle ne se pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout, raide à faire peur.

LFCéline, Voyage au bout de la nuit, 1932

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