Franck Michel, anthropologie search and destroy !

Saint-Thomas affirmait : « Il faut le voir pour le croire. » Tous ceux qui côtoient Franck Michel, de près ou de loin, vous diraient que le sacro-saint adage lui sied plutôt bien. Anthropologue, grand voyageur et cofondateur de la Croisée des routes, la vie de ce chercheur à cent à l’heure se joue très souvent hors des clous. Dans son ouvrage Du voyage et des hommes, ce dernier écrit : « Le rêve américain a cela de formidable : son inexistence même le rend inaccessible à tous, sauf à ceux qui en font le bon usage médiatique. »

Quand on lui demande de développer, ça donne ça :

Tout mythe possède ses rites, voire ses saints et ses prophètes. »
Franck Michel

« Le rêve américain relève du mythe avec même un lot sacré de croyances qui tournent autour de l’idée fixe qu’aux fameux States tout est, ou en tout cas serait, possible. De NYC à LA, on peut bâtir des rêves ailleurs impossibles et surtout impensables. Car l’essentiel est d’y croire. Nombre de success-stories sont nées de ces utopies réalisées sinon fantasmées : de Jobs à Gates, combien de migrants et d’Étasuniens n’ont espéré un jour décrocher le jackpot avec un emploi innovant et ouvrir les portes dudit paradis capitaliste ? Du hobo d’antan au bobo d’aujourd’hui, du beatnik au rappeur, d’Easy rider à Crash en passant par Taxi driver, le rêve américain prend souvent la route. Ou la déroute. Au point d’attirer routards et job-trotters de tout poil. Paris-Texas n’est pas seulement le titre d’un beau film mais aussi la promesse d’un singulier itinéraire de vie. Tout mythe possède ses rites, voire ses saints et ses prophètes. Ici, c’est le Nouveau Monde et on invoque les mânes de Jack Kerouac et de Bob Dylan… ou, plus prosaïque, on convoque Luther King voire Obama. Mais le mythe a ses revers, ses démons, dévoilant l’envers du décor hollywoodien : son ersatz de KKK, ses flics véreux et assassins, ses loups prédateurs de Wall Street, ses spring breaks et son Tea party. Le mythe est écorné mais demeure d’autant plus fort car, sans cesse, il est véhiculé et entretenu par un appareil médiatique gigantesque entièrement dévoué au service marketing du mythe du bon civilisé, sorte de miroir du mythe du bon sauvage rousseauiste. Il suffit de voir le destin des Indiens d’Amérique du Nord : exterminés avant d’être parqués, transformés en mythes et, in fine, en objets folkloriques et de musée. Le mythe américain a donc la vie dure, rude parfois, mais toujours il fonctionne. »

Propos recueillis et photo par N&K
Photo Mickaël Stibling

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