Gospel with no lord

Ce ne sont pas tant les chants gospels de Canaan Baptist Church, sur la 116th Street de West Harlem à New York, qui m’ont soufflé ce matin-là, mais la transcendance du prêtre et de ses habitués. Depuis le balcon sur lequel j’étais parqué avec les autres touristes, je voyais cette vieille femme, en bas, à genoux presque couchée, les mains liées au dessus de la tête. Elle clamait : « Thank you, oh Jesus, thank you, thank you. ». Au bruit et à la fièvre dans l’Église, je les devinais nombreux debout autour d’elle à célébrer en rythme la parole du divin.

La messe dura ainsi plus de deux heures. Dans une débauche incroyable de sensations et d’énergies, le prêtre en sueur était littéralement possédé. Durant tout l’office, il gesticulait comme un diable d’un bout à l’autre de la scène ; je n’avais jamais vu pareil spectacle. Assis deux sièges à ma droite, Georges était venu du Bronx voir ça pour la troisième fois. Ne se sentant pas la légitimité d’être parmi les habitués, il préférait la compagnie des appareils photos. En sortant, celui-ci m’interpella :
« C’est ta première fois ici ?
– Oui, je suis arrivé la semaine dernière.
– Tu es Français ?
– Oui, j’essaie pourtant de travailler mon accent.
– Oh la France ! Vous avez un gros problème avec la religion ces derniers temps. C’est bien de voir des jeunes comme toi à l’Église.
– Du tout, je ne suis pas croyant !
– Oh la France ! Tu vois, vous avez un gros problème. Il y a dix ans, j’ai perdu un fils, un peu plus âgé que toi, il avait 35 ans. Sans Dieu, je serais parti avec lui. Tu sais, il faut croire pour avancer. En quoi crois-tu ?
– En moi, ma famille, mes amis.
– Et le jour où tu perdras ton fils ?
– En ma femme.
– Et le jour où tu perdras ta femme ?
– En mon frère.
– Et le jour où tu perdras ton frère, tes amis et ta famille ? Le jour où tu seras seul ? Où tu n’auras plus personne sur qui te reposer ? Ou que ta douleur sera trop forte pour être soulagée par les autres ? Tu ne peux pas porter ce poids seul. Il faut croire en Dieu pour être plus fort. »
Sur le chemin du retour, je suis allé m’acheter des Donut’s. A défaut d’être croyant, je serai gros !
Kant

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