Candice, Grandmother of the South

C’est d’abord sa longue chevelure argentée, descendant jusqu’aux bas des reins, que nous avons remarquée au loin ; Candice promenait ses trois chiens dans le quartier. Sur son T-Shirt noir était inscrit « I do bad things ». Seuls sa fière démarche et son abus du mot darling trahissaient quelque peu son statut social des plus élevés ; aujourd’hui à la retraite, elle était autrefois avocate.
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Il y a six ans de cela, elle quittait le Texas pour suivre son mari Scott, professeur d’Histoire, dans cette ville où elle s’ennuyait toujours plus : « Je hais Memphis, je hais profondément Memphis. 80% des gens sont très sympas ici, mais ils en sont d’autant plus cons. La chaleur leur ramollit le cerveau, ce sont tous des limaces. » Elle s’était alors créée son propre monde, se plaisait-elle à penser, loin des mondanités et autres politesses qu’elle avait pourtant connues.
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IMG_20150613_020042Après avoir fait le tour du quartier, Candice nous invita chez elle où elle nous tendit une bouteille d’eau chacun. « J’ai ramassé deux beautés françaises dans la rue, que ça te plaise ou non » cria-t-elle vers l’étage, sans réponse. Passés la porte, nous sentions à plein nez l’odeur des vieux livres rangés dans les grandes bibliothèques boisées, le parfum singulier de l’intelligentsia américaine. Elle s’empressa de nous diriger vers le jardin, le seul endroit où elle prenait plaisir à flâner. Nous n’écoutions qu’à moitié, même en français nous n’aurions que moyennement retenu le nom des plantes et fleurs qu’elle adorait tour à tour nous faire sentir.

Nous rejoignions dans la foulée son mari à l’étage, accompagné d’un collègue égyptologue. Installés dans de confortables fauteuils, ils ressemblaient aux notables de salon du XVIIIème. IMG_20150618_071216À la différence qu’à la place d’un costume sur mesure, Scott portait le maillot de foot de Manchester United. Nous restions alors parler d’immigration, de culture américaine, de gentrification ainsi que d’un Paris regretté. Nous n’étions pas toujours d’accord. Candice prit soudain Napo par la main, et l’emmena ailleurs.

Elle avait bien senti que mon niveau d’anglais pathétique ne me permettait pas de suivre pleinement la conversation. Je m’en excusais péniblement. Comme la plupart des américains avec lesquels j’avais rencontré le même problème, elle ne se montra pas une seule seconde désobligeante. Elle m’invita simplement à prendre place dans le sofa. Puis, elle sortit de la bibliothèque un livre de David Bailey, le mythique photographe du Swinging London. Cette femme m’avait comprise.

Nous l’avons revu à trois reprises. Pour notre dernière matinée, elle tenait à nous amener dans une pâtisserie française où elle nous quitta sur ces mots : « Prenez soin de vous, restez curieux. Si l’on vous arrête au Texas ou ailleurs, appelez-moi, je débarquerai en avion. Sachez désormais, les garçons, que vous avez une grand-mère américaine. »

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Texte et photos par Napo&Kant

4 réponses à Candice, Grandmother of the South

  1. Julio

    Je te mets une claque mentale pour t’être excusé de parler une autre langue.

    Sur la joue, celle que tu déteste bien comme il faut, parce que c’est mérité.

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  2. Aurélia

    Je suis sûre que vous avez posté cet article juste parce que votre « grand mère » vous as décrit comme « deux beautés françaises » !!! :-p

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  3. Isabelle Chevalier Mangard

    J’ai craint un article trop long…pour au final avoir la larme à l’œil 😉

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