Texas experience – Sur la route de Marfa

Il devait être neuf heures du matin que déjà le soleil tapait sévère. Je venais de passer la nuit dans le Big Bend National Park, à l’intérieur d’une tente deux places à supporter les ronflements impossibles de Claire. Napo, lui, avait lâché l’affaire bien avant, préférant dormir dans la voiture. Sur la route, les panneaux de signalisation indiquaient « SPEED LIMIT 25 MPH ». Évidemment, la Texanne roulait au-dessus de 40. Mais je dois dire que ce qui retenait surtout notre attention depuis le début du trip, c’était le clignotant rouge du liquide de refroidissement constamment allumé sur le tableau de bord. « Calm down French boys, everything is on control », nous disait-elle amusée de nous voir stressés. « But the light is RED, the light is RED ! »

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L.A. en solo – Partie 3

Les corn-flakes baignent dans mon bol et la présentatrice de CBS News a 52 dents dans sa bouche. Elle s’extasie devant l’évasion rocambolesque d’un truand-star, Joaquin « El Chapo » Guzman. La caméra de surveillance n’a rien raté de son petit manège, jusqu’au moment où le baron de la drogue mexicain s’engouffre dans le tunnel qu’il a creusé sous ses latrines. De l’appartement de David, je file aussi à l’anglaise, avec certes moins de panache.

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Murmures ici et là – Californie

« Pour être un artiste, trois choses : être unique, entreprendre et surtout faire réagir. » Mark, galeriste, Nob Hill. « Avec l’argent gagné en quatre ans à Facebook, je pourrais finir le reste de ma vie sans bosser en Serbie. » Slavko, ingénieur pour Facebook, Oakland. « Tout mon corps est américain, sauf mon estomac : toujours chinois. » Michael, retraité, Golden Gate Bridge. « Merde, j’ai oublié mon aiguille au bar. » Neel, DJ psyché, Lower Haighs.

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De la musique encore et toujours, New York – San Francisco.

Y avait des soirs où c’était si foutrement bon que j’me voyais franchement pas faire autrement que de photographier la scène. Impulsion stupide, pensais-je, puisqu’il faisait toujours trop sombre, que le mouvement intempestif des musiciens me paraissait insaisissable et qu’au fond dans le silence, toutes ces prises de vue n’auraient plus le même sens. Mais quoi merde, j’allais pas rester planter là comme un gland, regarder passer l’explosion. Après tout, je ne cherchais pas l’exactitude. La photographie c’est comme la musique, rien à carrer de la technique, pourvu seulement qu’il y ait l’énergie et l’instinct. Voilà ce qui comptait le plus pour moi.

Sous le chapeau de Henry Miller

Dans la librairie consacrée à Henry Miller, nous trouvons la quiétude qu’était venue chercher l’écrivain à Big Sur. Entre l’Océan Pacifique recouvert de brume et ces montagnes verdoyantes du domaine de Los Padres, ces phrases de l’auteur de Tropique du Cancer prennent alors tout leur sens dans notre voyage :

« Je suis toujours autant un Américain. C’est-à-dire naïf, optimiste, crédule… Qu’on le veuille ou non, je suis le produit de cette terre exubérante, un dévot de l’abondance, un dévot des miracles. » – Un diable au paradis (1956)

« Je n’ai pas d’argent, pas de ressource, pas d’espoir. Je suis le plus heureux des Hommes sur terre. » – Tropique du Cancer (1934)

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L.A. en solo – Partie 2

Il est 5 heures du matin quand j’ouvre les yeux, après une courte nuit passée sur un sofa ramolli. Cap sur Downtown ! Le bus tremble dans tous les sens quand il s’engage dans Chinatown et me lâche bientôt sur la 3ème rue. La démesure me saute aux yeux. Paradoxalement, à l’heure des early birds, peu de monde bat le pavé aux pieds des gratte-ciels ; seul le trafic me rappelle une forme de vie motorisée. Mais où vont ces berlines ? Les boutiques sont fermées, les cafés sont vides, les halls sonnent creux alors que les bureaux ouvrent à peine.

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Et là, nous vimes au loin un fameux pont rouge

On vit se déployer devant nous la fabuleuse ville blanche de San Francisco sur ses onzes collines mystiques et le Pacifique bleu, et au-delà son mur de brouillard comme au-dessus de champs de pommes de terre qui s’avançait, et là fumé et l’or répandu sur cette fin d’après-midi […] c’était un immense tumulte d’immeubles en construction, de gosses en train de jouer, de nègres braillards qui rentraient du travail, de poussière, d’excitation – c’était tout le bourdonnement géant et le brouhaha trépidant de cette ville qui est réellement la plus délirante d’Amérique -, avec, en haut, le ciel pur et bleu et l’allégresse de la mer embrumée qui, la nuit, ne cesse de déferler et d’affamer les gens de nourritures et de sensations plus fortes encore.

Jack Kerouac, On The Road, 1957.

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