Digressions à Saint-Louis (partie 2)

Ce texte fait suite à un article précédemment publié qui m’était venu dans un bus alors même que nous quittions le Missouri pour le sud, direction le Tennessee.

Les jours suivants, nous les passions chez Bryan et Ryan, une coloc’ de trentenaires à la cool. Ces deux compères que la providence avait placés sur notre route étaient, pour ainsi dire, très différents l’un de l’autre.

Le premier, un garçonnet geek au regard mélancolique, gagnait sa croûte en développant des sites web. Allez savoir pourquoi, j’avais surtout retenu que c’était un passionné de musique expérimentale – ça ne s’invente pas – et qu’en plus de son air de ne pas y toucher, il éditait un fanzine appelé Close To Home [t’imagines nos têtes quand on a appris ça]. Le second, un grand dude redneck, gesticulateur infini, le genre à aimer la pêche à la ligne en poussant le délire compulsif jusqu’à collectionner toutes sortes d’objets en forme de poisson [et j’exagère à peine], avait décroché quelques mois plus tôt un poste de biologiste, dans l’une des universités de la ville. Et comme pour Bryan, ma mémoire sélective se souvient surtout aujourd’hui de Ryan pour deux choses : nous avoir appris à jongler avec trois balles en même temps et nous avoir joué l’air de Deliverance au banjo [parce qu’un mec qui joue du banjo, c’est définitivement cool].

On avait bien mis une heure à se traîner jusque chez eux. A pied et sac sur le dos, arpentant des routes immenses, nous étions assommés par tout ce soleil qui n’en finissait plus de cogner, même à 4-5 heures de l’après-midi. Nous étions partis du carrefour de Central West End où se situait derrière une pièce d’échecs géante le World Chess Hall of Fame, le fameux musée d’échecs de Saint-Louis. Sa collection provient essentiellement d’un ancien musée de Floride, à laquelle s’ajoute celle de Rex Sinquefield, un baron de la finance, aujourd’hui à la retraite.

On était partis du carrefour de Central West End où se situait derrière une pièce d’échecs géante le World Chess Hall of Fame, le fameux musée d’échecs de Saint-Louis.

En 1981, l’homme co-fonde avec un ancien camarade de l’université de Chicago, David G. Booth, Dimensional Fond Advisor, une compagnie financière basée à Austin, Texas. Une fois la retraite confortablement assurée pour au moins trois générations, papy KING REX s’active à dépenser sa fortune. Passionné d’échecs, il va contribuer à promouvoir Saint-Louis comme l’un des hauts-lieux de la discipline aux Etats-Unis. Il commence en 2008, en lançant le Chess Club and Scholastic Center, qui comprend en plus d’une vaste salle de jeu, une bibliothèque et une salle de cours. L’année suivante, il rachète la bibliothèque d’échecs du mythique champion du monde 1972, Bobby Fischer, et en 2010, fournit les fonds nécessaires à la construction – juste en face du Chess Club – d’un édifice tout neuf pouvant accueillir le musée qui ouvrira ses portes un an plus tard.

L’histoire du généreux donateur fanatique d’un jeu vieux de plus de dix-mille ans aurait pu s’arrêter là. Sauf que – comme le rapporte le magazine d’informations Politico – Sinquefield n’a pas fait que soutenir des institutions culturelles et des œuvres caritatives. Non, depuis 2008, il alimente aussi massivement en dons des think thanks, des comités d’actions publics, des cabinets de lobbying, tout un vaste réseau d’influence politique dans le Missouri en faveur de ses propres positions et intérêts économiques [grossièrement ultra-conservateurs] : réduction des taxes à minima, démantèlement du système éducatif public, contrôle local du département de police de la ville [je vous invite à regarder les rapports qui accablent la police après les révoltes populaires de 2014, dans un quartier nord de Saint-Louis appelé Fergusson, pour juger l’efficacité de la mesure].

Il n’empêche, c’est durant cet après-midi que nous avions croisé pour la première fois la belle Kristin Cassidy. Nous avions trouvé le musée assez fou et même après la rédaction des lignes précédentes, mon sentiment reste inchangé. Alors rendons à César ce qui lui appartient : sans le père de Kant, on n’aurait jamais eu connaissance d’un tel lieu et la suite du voyage, elle, aurait été complètement différente.

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Texte et photos : Napo & Kant.

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