Ce jour où Julio est arrivé à Seattle

On avait décidé de réaliser l’interview dans le meilleur kebab de Thionville. C’était un dimanche midi. Au travers des tribulations de sa mémoire, je cherchais là l’occasion d’un récit de voyage vertigineux, bourré de détails excessifs, la confession d’un meilleur ami. J’avais mené le même genre d’entretien viscéral avec son père la semaine précédente et j’attendais maintenant du fils qu’il me relate ses six mois à Seattle. Autour de nous pour seules témoins, il y avait ces deux petites vieilles en vestes à imprimé léopard ; le serveur nous apporta le Coca, la discussion pouvait commencer.

Tout cela débuta par une désillusion. Celle de ne pas avoir obtenu les points nécessaires au test d’anglais pour choisir le Japon comme destination, mais suffisamment pour aller aux Etats-Unis [cherchez l’erreur]. En janvier 2012, il quitta Clermont-Ferrand pour l’Etat de Washington – situé aux portes de l’Alaska et aux frontières du Canada – dans l’une des villes les plus importantes de la côte pacifique. Des deux heures passées de conversation, j’aurais pu choisir de retranscrire ses remarques sur la société américaine, ses soirées au Earl’s un bar où la pizza est à 1 dollar, ou son week-end avec la fabuleuse Heide, mais non, j’ai préféré m’arrêter sur la traversée d’un méga pont à circulation alternée.

J : Alors je suis arrivé à l’aéroport de Seattle, il devait être quatorze heures. Il faisait beau, presque doux pour la saison. Dans le terminal, j’étais complètement paumé. Je ne savais pas vraiment à qui m’adresser, je ne savais pas où aller. Puis y’a ce type qui m’a abordé. Un asiatique. Je sais pas s’il était américain. Dans mon souvenir, il avait un accent très prononcé. Peut-être bien Coréen. Il m’a tout de suite dit que le plus simple pour rejoindre le centre-ville était d’utiliser le tram’.

Seattle, c’est une ville très étendue, tu as des gratte-ciels dans le centre, des bureaux et peu d’habitations comme dans beaucoup de villes américaines, et puis tu as les fameuses banlieues pavillonnaires qui s’étalent sur des kilomètres. J’étais dans un souterrain, le tramway se transformait en une sorte de métro et je suis descendu sur le quai pour prendre un bus. Là, je tombe sur deux Américains, un mec et une nana, qui voient tout de suite que je ne sais pas très bien où je vais. Je leur explique rapidement que je cherche à rejoindre le campus universitaire. Ils me répondent justement qu’ils vont dans cette direction et que je n’ai qu’à les suivre. On prend donc tous les trois un bus. Il se trouve que ce dernier emprunte la même voie que le tramway. En l’occurrence, j’ai trouvé ça fou qu’on puisse foutre un bus sur une voie de tram’, mais bon pourquoi pas… A ma gauche, j’apercevais la Space Needle. Cette tour emblématique de la ville avec une salle panoramique à son sommet qui ressemble à un vaisseau alien. Tu t’en doutes, j’ai immédiatement trouvé ça cool.

Alors après ça les deux Américains m’ont dit précipités : « on va descendre dans trois arrêts, toi, reste dans le bus, tu passeras un pont, et une fois que ce sera fait, tu sortiras à la prochaine station, OK ? » J’ai hoché la tête faisant mine de saisir intégralement les explications. Evidemment, je n’avais rien compris. Je suis sorti avant le pont. Du coup, je me suis retrouvé avec ma valise à roulettes comme un gland sur le trottoir. Parce qu’en fait, il y avait DEUX ponts, tu comprends. Tu en avais un que le bus allait prendre et un autre au dessus de la voie sur laquelle j’étais.

N : Mmmmh… mais au final tu l’as traversé ton PONT ?

J : Ouais, j’ai pris ma valise et j’ai tout traversé à pied.

julio 001

Propos retranscrits avec l’aide de Kant, photo Julien J. et Napo

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