New Orleans City Jazz

La Nouvelle-Orléans célèbre avec exubérance la période comprise entre Noël et le Nouvel An. Processions aux flambeaux, feux d’artifices, rien n’y manque. [La coutume veut aussi qu’à cette époque de l’année, on fasse le plus de bruit possible ; non qu’il soit permis de tirer dans les rues, mais tout le monde le fait. Lorsqu’on se fait pincer, eh bien, on s’explique avec le juge.] Durant ces quelques jours, on avait coutume de tirer des coups de pistolets, de revolvers ou de pétoires. Il va de soi qu’officiellement, les armes étaient interdites, chaque fêtard surveillait la police du coin de l’oeil pour éviter de se faire pincer une arme à la main. C’est très précisément ce qui m’arriva et qui, au bout du compte, me conduisit à apprendre à jouer de la trompette.

Louis Armstrong, Ma vie, Ma Nouvelle Orléans, 1952

L’autre Neal, Lettre à Jack Kerouac

7 mars 1947
Kansas City, Missouri

CHER JACK,

Je suis dans un bar de Market Street. Je suis soûl, bon, pas complètement mais ça va pas tarder. Je suis ici pour deux raisons : j’ai 5 heures à tuer avant l’arrivée du bus pour Denver &, plus important, je suis ici (à picoler) à cause d’une femme évidemment, & quelle femme !

Je te raconte dans l’ordre chronologique :

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Jean Jesionek : « New York en 74, ça devait être sale »

De New York, je n’avais encore rien vu. J’ignorais presque tout des lofts de l’Upper East Side à 3 000 dollars le mois, tout de la folie furieuse des jazz clubs d’Harlem, tout des boutiques antiques de Williamsburg et de l’atmosphère hallucinante de Coney Island. Bref, à quelques semaines de prendre l’avion, je n’en pouvais plus, rappellez-vous. J’étais comme obnubilé par le besoin constant de ressentir l’ailleurs, et de bavarder avec tous ces gens terriblement inspirants. Dans le lot, il y avait Jean Jesionek.

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Sous le chapeau de Henry Miller

Dans la librairie consacrée à Henry Miller, nous trouvons la quiétude qu’était venue chercher l’écrivain à Big Sur. Entre l’Océan Pacifique recouvert de brume et ces montagnes verdoyantes du domaine de Los Padres, ces phrases de l’auteur de Tropique du Cancer prennent alors tout leur sens dans notre voyage :

« Je suis toujours autant un Américain. C’est-à-dire naïf, optimiste, crédule… Qu’on le veuille ou non, je suis le produit de cette terre exubérante, un dévot de l’abondance, un dévot des miracles. » – Un diable au paradis (1956)

« Je n’ai pas d’argent, pas de ressource, pas d’espoir. Je suis le plus heureux des Hommes sur terre. » – Tropique du Cancer (1934)

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Et là, nous vimes au loin un fameux pont rouge

On vit se déployer devant nous la fabuleuse ville blanche de San Francisco sur ses onzes collines mystiques et le Pacifique bleu, et au-delà son mur de brouillard comme au-dessus de champs de pommes de terre qui s’avançait, et là fumé et l’or répandu sur cette fin d’après-midi […] c’était un immense tumulte d’immeubles en construction, de gosses en train de jouer, de nègres braillards qui rentraient du travail, de poussière, d’excitation – c’était tout le bourdonnement géant et le brouhaha trépidant de cette ville qui est réellement la plus délirante d’Amérique -, avec, en haut, le ciel pur et bleu et l’allégresse de la mer embrumée qui, la nuit, ne cesse de déferler et d’affamer les gens de nourritures et de sensations plus fortes encore.

Jack Kerouac, On The Road, 1957.

Franck Michel, anthropologie search and destroy !

Saint-Thomas affirmait : « Il faut le voir pour le croire. » Tous ceux qui côtoient Franck Michel, de près ou de loin, vous diraient que le sacro-saint adage lui sied plutôt bien. Anthropologue, grand voyageur et cofondateur de la Croisée des routes, la vie de ce chercheur à cent à l’heure se joue très souvent hors des clous. Dans son ouvrage Du voyage et des hommes, ce dernier écrit : « Le rêve américain a cela de formidable : son inexistence même le rend inaccessible à tous, sauf à ceux qui en font le bon usage médiatique. »

Quand on lui demande de développer, ça donne ça :

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L’arrivée à New York

Pour une surprise, c’en fut une.

Figurez-vous qu’elle était debout leur ville, absolument droite. New York c’est une ville debout. On en avait déjà vu nous des villes bien sûr, et des belles encore, et des ports et des fameux même. Mais chez nous, n’est-ce pas, elles sont couchées les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s’allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur, tandis que celle-là l’Américaine, elle ne se pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout, raide à faire peur.

LFCéline, Voyage au bout de la nuit, 1932

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